Ce qu'il faut retenir
- Le mining crypto d'un particulier régulier relève des BNC au titre de l'article 92 du CGI, confirmé par le Conseil d'État du 26 avril 2018 (n° 417809) et la doctrine BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40.
- Le fait générateur est la RÉCEPTION du token miné, pas sa revente. Chaque récompense s'impose à sa valeur en euros au jour de perception, même si vous ne convertissez jamais en fiat.
- Le mining exercé en société bascule en BIC et en IS (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Le matériel (ASIC, GPU, refroidissement) s'amortit, l'électricité est déductible.
- La TVA sur le mining est hors champ (doctrine BOI-TVA-CHAMP-10-10-10), ce qui bloque la récupération de la TVA sur le matériel dédié uniquement à cette activité.
- Le mining vraiment marginal (quelques euros par an, matériel non dédié) reste techniquement imposable mais échappe en pratique aux radars. Sans traçabilité de la valorisation à la réception, le prix d'acquisition retombe à 0 € et la plus-value future gonfle mécaniquement.
Le minage de cryptomonnaies est l'une des activités crypto les plus mal comprises fiscalement en France. La règle centrale a été posée par le Conseil d'État en 2018 : les récompenses issues du mining relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC) au sens de l'article 92 du CGI, et non des plus-values sur actifs numériques du régime particulier. Ce qui déplace toute la mécanique déclarative.
Ce guide fait le tri entre les trois régimes possibles selon votre profil (mining particulier marginal, particulier régulier en BNC, mining en société), avec les exemples chiffrés, les formulaires à remplir, et les points d'attention souvent négligés côté TVA et amortissement du matériel.
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ToggleLe mining crypto, une activité fiscalement à part
Avant d'entrer dans les régimes, un point technique essentiel qui explique tout le reste.
Le minage consiste à mettre à disposition la puissance de calcul de votre matériel (ASIC, GPU, ferme dédiée) pour valider les transactions d'une blockchain fonctionnant en preuve de travail (Bitcoin, Litecoin, Monero, Ethereum Classic). En contrepartie, vous recevez des tokens fraîchement émis, appelés block rewards, plus une part des frais de transaction du bloc validé.
Le mining n'est pas un achat/vente crypto
Un investisseur classique achète des cryptos en euros, les revend en euros, et l'imposition se déclenche à la cession sous le régime particulier de l'article 150 VH bis du CGI (PFU de 31,4 %).
Un mineur, lui, crée de la crypto. Il ne l'achète pas. Ce qu'il reçoit est la contrepartie d'un service rendu au réseau (sécurisation, validation), pas un placement financier. C'est cette qualification juridique qui a conduit le Conseil d'État à classer le mining dans la catégorie « fourre-tout » de l'article 92 du CGI (BNC), aux côtés des professions libérales et des activités lucratives non commerciales.
Le fait générateur : la réception, pas la revente
C'est le point que 99 % des mineurs particuliers ratent. Contrairement à l'investisseur crypto qui n'est imposé qu'à la conversion en euros, le mineur est imposé dès la réception du token miné, à sa valeur en euros au jour de la perception.
La doctrine BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40 est explicite sur ce point : le résultat imposable est déterminé selon les règles de droit commun BNC, avec une valeur d'acquisition nulle lorsque les tokens ont été attribués gratuitement. Autrement dit, si vous ne valorisez pas vos récompenses à la réception, vous perdez le droit de retrancher cette valeur à la revente.
À retenir : chaque bloc validé, chaque récompense de pool de mining, chaque paiement du protocole est un fait générateur d'imposition BNC, à valoriser en euros au cours du jour de perception, indépendamment de toute conversion en monnaie fiat.
Mining occasionnel particulier : le cas marginal
Cas très rare mais réel. Vous avez laissé tourner votre PC de gaming quelques mois pour miner du Monero pendant un pic de rentabilité, vous avez généré 80 € sur l'année, et vous n'avez pas d'ambition de récidive.
La règle stricte reste le BNC
Il n'existe aucun seuil légal d'exonération pour le mining. En théorie, dès que vous minez, vous êtes redevable des BNC. Même quelques euros par an relèvent du régime.
En pratique, l'administration fiscale ne va pas déclencher un contrôle pour un mineur particulier qui a gagné quelques dizaines d'euros de crypto avec du matériel non dédié. Le risque de non-déclaration existe mais reste théorique tant que les montants restent marginaux et non convertis massivement en fiat.
La ligne de bascule
Trois indices font sortir de la zone marginale et déclenchent le vrai régime BNC :
- Achat de matériel dédié au mining (une carte graphique achetée pour ça, un rig, un ASIC).
- Inscription à un pool de mining régulier (F2Pool, Antpool, ViaBTC).
- Revenus qui deviennent lisibles sur vos relevés bancaires via des conversions en euros.
Dès qu'un de ces trois indices est présent, vous êtes considéré comme un mineur régulier et vous devez déclarer.
Mining régulier particulier : le régime BNC (article 92 CGI)
C'est le régime de référence pour tout particulier qui mine de façon habituelle sans avoir constitué de société.
La doctrine officielle en trois textes
Le socle repose sur trois références à connaître :
- L'article 92 du CGI, qui capture toutes les activités lucratives non rattachées à une autre catégorie.
- La décision du Conseil d'État du 26 avril 2018 (n° 417809), qui a explicitement qualifié les gains issus du mining de BNC.
- La doctrine BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40, qui reprend cette qualification et précise la méthode de calcul.
Deux régimes possibles : micro-BNC ou réel
Comme pour toute activité BNC, deux régimes coexistent selon vos recettes annuelles.
Le micro-BNC s'applique automatiquement en dessous de 77 700 € de recettes annuelles. Un abattement forfaitaire de 34 % représente vos frais réels, vous êtes imposé sur les 66 % restants au barème progressif de l'IR, plus les prélèvements sociaux à 17,2 %. Déclaration sur la 2042-C-PRO, case dédiée aux revenus non commerciaux.
La déclaration contrôlée (BNC réel) s'applique au-delà de 77 700 € de recettes, ou sur option en dessous. Vous déduisez vos frais réels : électricité, amortissement matériel, frais de pool, connexion internet, part du loyer si local dédié. Déclaration sur la 2035, reportée en 2042-C-PRO.
Exemple chiffré : mineur ETC en 2025
Prenons un cas type. Vous minez de l'Ethereum Classic avec deux GPU achetés 1 600 € en 2024. En 2025, vous recevez 12 ETC répartis sur l'année, valorisés en moyenne à 25 € au jour de chaque perception. Vos recettes brutes annuelles BNC : 300 €.
En micro-BNC : abattement 34 %, base imposable 198 €. À une TMI de 30 % : 59 € d'IR + 34 € de prélèvements sociaux. Total : 93 €.
En BNC réel avec 180 € d'électricité déductible et 320 € d'amortissement matériel (1 600 € sur 5 ans) : résultat négatif de 200 €. Aucun impôt sur cette activité, et le déficit BNC peut s'imputer sur d'autres revenus BNC de l'année.
Sur ce profil, le réel écrase le micro. La règle générale : dès que vos frais réels dépassent 34 % de vos recettes (souvent le cas si vous avez du matériel dédié), le réel devient plus avantageux.
La cession ultérieure : deuxième couche d'imposition
Point critique souvent oublié. Quand vous revendez les tokens minés, vous déclenchez une deuxième imposition sous le régime particulier de l'article 150 VH bis, avec un prix d'acquisition égal à la valeur retenue à la réception BNC.
Reprenons l'exemple. Vos 12 ETC valorisés 300 € à la réception. Vous les revendez en 2026 à 50 € l'unité, soit 600 €. Plus-value de 300 € imposée au PFU 31,4 %, soit 94 € d'impôt supplémentaire.
Alerte : si vous n'avez pas valorisé vos récompenses à la réception, le prix d'acquisition retombe à 0 € et votre plus-value taxable devient 600 € au lieu de 300 €. Vous doublez mécaniquement l'impôt à la revente.
Mining en société : le régime BIC et ses obligations
Dès que vous professionnalisez (ferme de mining, plusieurs ASIC, local dédié, volumes significatifs), la question de la structuration en société se pose. Voir notre guide dédié à la création d'une société pour trader crypto, les logiques sont proches.
Structure juridique : SASU ou EURL
Pour une activité de mining en compte propre, les deux structures dominantes sont la SASU et l'EURL. Le mining tombe alors dans les bénéfices industriels et commerciaux (BIC) au sens de l'article 34 du CGI, car l'activité est exercée à titre commercial dans un cadre organisé.
- SASU : président assimilé salarié (charges ~80 % du brut), dividendes au PFU 31,4 % sans cotisations sociales. Idéale si vous ne vous rémunérez pas ou peu et sortez plutôt en dividendes.
- EURL à l'IS : gérant TNS (charges SSI ~45 %), mais dividendes soumis aux cotisations SSI au-delà de 10 % du capital social. Moins efficace pour sortir de gros dividendes.
Pour un mineur qui capitalise dans la société et distribue peu, la SASU reste presque toujours le bon choix.
Comptabilisation et valorisation des cryptos minées
Une fois en société, les cryptos minées entrent au bilan et suivent les règles du règlement ANC 2020-05 (encore applicable en 2026) ou du règlement ANC 2026-01 en application anticipée. Notre article détaillé sur la comptabilisation des crypto-actifs en entreprise traite le sujet en profondeur.
Retenez trois points :
- Les tokens minés entrent au compte 522 « Crypto-actifs et assimilés », valorisés à leur valeur en euros au jour de la perception.
- Ce montant constitue un produit d'exploitation imposable à l'IS de l'exercice de perception (fait générateur = réception).
- Sous ANC 2026-01, ces cryptos sont réévaluées à la valeur vénale à chaque clôture, avec impact direct sur le résultat imposable (plus-values latentes imposables, moins-values latentes déductibles).
Amortissement du matériel : le vrai levier
C'est là que la société prend tout son sens fiscalement. Le matériel de mining s'amortit, ce qui vient réduire d'autant votre résultat imposable IS.
Durées d'amortissement typiques :
- ASIC dédiés (Antminer, Whatsminer) : 3 ans en amortissement linéaire, dégressif possible.
- GPU de mining : 3 à 5 ans.
- Systèmes de refroidissement (immersion cooling, ventilation industrielle) : 5 à 10 ans selon le poste.
- Infrastructure électrique (transformateurs, câblage haute puissance) : 5 à 10 ans.
- Serveurs de contrôle, réseau : 3 ans.
Charges déductibles courantes : électricité (poste dominant, souvent 40 à 60 % du coût d'exploitation), frais de pool, connexion internet, loyer du local, assurance matériel, maintenance.
Sur une ferme de mining de taille modeste, l'amortissement + électricité peut représenter 60 à 80 % des recettes brutes, laissant un résultat imposable BIC réduit d'autant.
À retenir : la société ne devient rationnelle qu'à partir de 50 000 à 100 000 € de recettes annuelles, avec un vrai matériel dédié à amortir. En dessous, les frais de structure absorbent l'économie fiscale.
TVA sur le mining : hors champ
Point souvent mal compris. L'activité de mining elle-même est hors du champ de la TVA. La doctrine BOI-TVA-CHAMP-10-10-10 considère qu'il n'existe pas de lien juridique direct entre le mineur et un bénéficiaire identifié du service, ce qui exclut la qualification de prestation de service imposable à la TVA.
Cette position s'appuie sur la logique de l'arrêt CJUE Hedqvist (C-264/14) du 22 octobre 2015, qui a qualifié les opérations de change crypto/fiat d'opérations financières exonérées.
Conséquence pratique lourde : la TVA payée sur vos ASIC, votre matériel de refroidissement, votre électricité affectée au mining n'est PAS récupérable, sauf si vous exercez en parallèle une activité imposable à la TVA à laquelle une partie de ce matériel est également affectée (règle du prorata de déduction).
Sur une ferme qui achète pour 50 000 € HT d'ASIC, cela représente 10 000 € de TVA non récupérable, à intégrer dans le coût d'acquisition amortissable.
Comment déclarer votre mining crypto étape par étape
La mécanique déclarative change selon votre régime. Voici les formulaires pour un exercice 2025 déclaré en 2026.
Mineur particulier en micro-BNC
- Recettes brutes de mining (valorisées en euros à la réception) reportées en case 5HQ ou 5IQ de la 2042-C-PRO (revenus non commerciaux non professionnels).
- Cessions ultérieures de tokens minés déclarées sur le formulaire 2086 avec valeur d'entrée = valeur retenue en BNC.
- Total plus/moins-values reporté en cases 3AN ou 3BN de la 2042.
Mineur particulier en BNC réel
- Dépôt d'une déclaration 2035 avec compte de résultat détaillé (recettes minage, frais déductibles, amortissements).
- Report du résultat en case 5QC ou 5QI de la 2042-C-PRO.
- Cessions ultérieures sur 2086, report en 3AN/3BN.
Mineur en société (SASU, EURL à l'IS)
- Tenue de comptabilité commerciale complète, plan comptable ANC 2020-05 ou 2026-01.
- Dépôt de la liasse fiscale BIC/IS (2065, 2033-A à 2033-G ou 2050 à 2059 selon régime).
- Aucun formulaire 2086 individuel : les cessions passent par le compte de résultat de la société.
Comptes crypto à l'étranger : n'oubliez pas le 3916-bis
Si vous conservez vos récompenses sur un exchange étranger (Binance, Kraken, Coinbase, Bitpanda), obligation de dépôt du formulaire 3916-bis pour chaque compte et chaque année, au titre de l'article 1649 bis C du CGI. Sanction en cas d'oubli : 750 € par compte (1 500 € si valeur > 50 000 €).
Cette obligation s'étend depuis la loi de finances 2024 aux wallets self-custody opérés hors du territoire français (Ledger, MetaMask, Rabby).
Les risques en cas de non-déclaration
Le mining crypto est de moins en moins invisible. Trois raisons.
La traçabilité s'améliore mécaniquement
Depuis le 1er janvier 2026, la directive DAC8 (transposée à l'article 1649 AC bis-sexies du CGI) impose aux plateformes crypto (CASP au sens MiCA) de transmettre automatiquement à la DGFiP les transactions de leurs clients européens. Résultat : dès que vous convertissez vos ETC ou vos BTC minés en euros sur Binance ou Coinbase, la donnée remonte au fisc.
Les sanctions applicables
Un mining non déclaré est considéré comme un revenu dissimulé. Les majorations applicables :
- 10 % en cas de simple retard de déclaration.
- 40 % en cas de manquement délibéré (l'oubli répété d'une activité connue).
- 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou d'activité occulte (mining professionnel sans statut).
En cas d'activité occulte (professionnel sans immatriculation, aucune déclaration sur plusieurs années), le délai de prescription passe de 3 à 10 ans. Sur une ferme de mining rentable pendant 5 ans, l'ardoise devient rapidement à six chiffres.
Le contrôle croisé bancaire
Une conversion régulière de crypto en euros sur votre compte personnel, sans activité déclarée en face, déclenche des alertes automatiques chez votre banque au titre des obligations LCB-FT (lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme). La banque signale, Tracfin analyse, l'information peut remonter à la DGFiP.
Alerte : la période où le mining crypto était fiscalement invisible est terminée. Entre DAC8, la vigilance LCB-FT et le 3916-bis, toute activité récurrente non déclarée finit par remonter à la DGFiP.
Quel régime pour votre profil ? Récap en 4 questions
Pour trancher rapidement votre situation, répondez à ces quatre questions.
1. Vos recettes annuelles de mining dépassent-elles quelques centaines d'euros ? Non : zone marginale, risque très faible, régularisation possible plus tard. Oui : passez en régime déclaratif.
2. Avez-vous du matériel dédié au mining ? Non (usage marginal d'un PC personnel) : micro-BNC suffit. Oui (GPU dédiés, ASIC, rig, ferme) : passez au BNC réel pour amortir le matériel et déduire l'électricité.
3. Vos recettes annuelles dépassent-elles 50 000 à 100 000 € ? Non : restez en BNC particulier. Oui : étudiez la structuration en SASU IS pour amortir plus efficacement et différer l'impôt sur les gains non consommés.
4. Sortez-vous chaque année tout ce que vous gagnez ? Oui : la société n'apporte rien de plus que le BNC particulier. Non (vous capitalisez, réinvestissez, achetez du nouveau matériel) : la SASU devient rentable, avec l'IS à 15/25 % plutôt qu'IR + prélèvements sociaux au barème.
Notre accompagnement en fiscalité mining crypto au cabinet Hashtag Finance
La fiscalité du mining ne se déclare pas au feeling. Entre le fait générateur à la réception, la valorisation historique de chaque récompense, le choix entre micro-BNC et réel, et la question de la structuration en société avec ses règles ANC dédiées, l'accompagnement d'un expert-comptable spécialisé fait souvent gagner autant qu'il coûte.
Notre cabinet accompagne les mineurs crypto sur trois axes :
- Reconstitution complète des récompenses de mining, valorisation historique en euros au jour de perception, choix du régime fiscal optimal (micro-BNC, BNC réel, société IS).
- Étude de rentabilité d'un passage en société avec projection chiffrée sur trois ans, en intégrant amortissement du matériel, TVA non récupérable et sortie des gains.
- Rédaction des déclarations 2035, 2042-C-PRO, 2086, 3916-bis, ou dépôt de la liasse fiscale complète pour une SASU/EURL de mining.
Basé à Paris 8ème, Hashtag Finance accompagne des mineurs crypto en Île-de-France et à distance sur toute la France. Le premier échange est confidentiel et sans engagement. Pour faire un point sur votre situation avant la prochaine campagne déclarative, contactez-nous au 01 85 73 56 66 ou via le formulaire de contact.
Astuce d'expert : conservez une trace horodatée de la valeur en euros de chaque récompense (capture de cours, export du pool). Sans cette traçabilité, le prix d'acquisition retombe à zéro à la revente et vous doublez l'impôt sur la plus-value.