Fiscalité du staking et du lending crypto en France en 2026

Une expert comptable qui analyse les cryptos de son client.
Sommaire

Ce qu'il faut retenir

  • La DGFiP n'a pas publié de doctrine BOFiP spécifique sur le staking ou le lending crypto. La qualification fiscale repose sur la doctrine mining (BNC art. 92 CGI) et sur les positions dominantes des cabinets fiscalistes.
  • Position majoritaire : les récompenses sont imposables à la réception, valorisées en euros au cours du jour, au titre des BNC pour un particulier occasionnel actif, en RCM pour un placement passif via exchange.
  • Un rescrit fiscal 2024/03 sur le staking Ethereum circule dans certains articles : il est introuvable sur BOFiP. Ne vous appuyez pas dessus.
  • Le staking et le lending ne bénéficient pas du sursis crypto/crypto de l'article 150 VH bis. Chaque récompense est un revenu à part entière.
  • Cession ultérieure des tokens de récompense : soumise au PFU de 31,4 % sous l'article 150 VH bis, avec un prix d'acquisition égal à la valeur retenue à l'attribution.

Le staking et le lending crypto sont deux zones où la fiscalité française reste opaque en 2026. La DGFiP ne s'est prononcée officiellement ni sur l'un ni sur l'autre. Résultat : les articles disponibles s'appuient soit sur des extensions doctrinales (le mining sert de proxy), soit sur des positions d'auteurs et de cabinets. Ce guide fait le tri entre ce qui est établi, ce qui est dominant, et ce qui reste débattu, avec les cas de déclaration précis pour 2026, expliqué par notre expert comptable spécialisé en crypto.

Staking et lending crypto : deux mécanismes voisins mais distincts

Avant de parler fiscalité, un rappel utile.

Le staking consiste à immobiliser des cryptos (généralement des tokens proof-of-stake comme Ethereum, Cardano, Solana) pour participer à la validation d'un réseau blockchain, en échange de récompenses. Il peut être réalisé en solo (nœud validateur), délégué à un exchange (Kraken Earn, Coinbase Earn), ou via un protocole de liquid staking (Lido, Rocket Pool).

Le lending consiste à prêter des cryptos à un tiers (protocole DeFi comme Aave ou Compound, ou plateforme centralisée) contre une rémunération en tokens. Le prêteur reste propriétaire, l'emprunteur laisse une garantie.

Sur le principe, staking et lending sont deux modalités de placement productif de capitaux crypto. Sur le plan fiscal français, ils posent les mêmes questions, avec les mêmes zones d'ombre.

Comment le fisc français traite le staking

Point de doctrine central : à ce jour, aucun BOFiP spécifique n'existe sur le staking. La position s'appuie par extension sur la doctrine mining et sur la jurisprudence Conseil d'État du 26 avril 2018 (n° 417809), qui a qualifié en BNC les gains issus de la participation au fonctionnement d'un système d'unités de compte virtuelles.

La lecture majoritaire selon le type de staking

Deux configurations donnent des réponses différentes.

Staking actif en solo (nœud validateur maison, PoS natif). Considéré comme une participation active au réseau. Qualification par assimilation au mining : BNC catégorie balai au titre de l'article 92 du CGI. Imposition au barème progressif de l'IR + prélèvements sociaux + cotisations SSI si activité habituelle. Doctrine mining applicable : BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40.

Staking délégué via exchange (Kraken Earn, Binance Earn, Coinbase Earn) ou liquid staking (Lido). Ici la qualification est débattue. Trois lectures cohabitent :

1. BNC par extension. La lecture dominante retenue par la plupart des outils fiscalistes. 2. RCM par assimilation à un placement rémunéré. Position défendue par certains cabinets, plus favorable via le PFU 31,4 %. 3. Acquisition à titre gratuit. Approche minoritaire qui valorise à 0 € et n'impose qu'à la cession sous 150 VH bis. Aucun fondement doctrinal officiel.

En pratique, la lecture BNC est celle que retiennent les outils comme Waltio ou Cryptio, et celle que je recommande à mes clients par prudence contentieuse.

Le fait générateur : la vraie question

C'est le point technique le plus contesté. Deux thèses coexistent.

Thèse « attribution » (majoritaire). Imposition dès la réception des tokens, valorisés à leur cours en euros au jour de perception. Cohérente avec la doctrine mining. C'est la position à adopter par défaut pour éviter tout risque en cas de contrôle.

Thèse « cession contre euros » (minoritaire). Les tokens reçus sont valorisés à 0 € et n'entrent dans le champ imposable qu'à leur conversion ultérieure en fiat, sous 150 VH bis. Attractive fiscalement, mais sans fondement officiel. Prise de risque en cas de contrôle.

💡 Alerte : plusieurs articles évoquent un « rescrit DGFiP 2024/03 » qui trancherait le sujet du staking Ethereum. Cette référence est introuvable sur bofip.impots.gouv.fr. Ne construisez pas votre déclaration dessus.

Le lending crypto : même problème, mêmes réponses

Le lending (Aave, Compound) génère des intérêts en tokens. La qualification fiscale reprend les mêmes lectures que le staking, avec deux options principales.

RCM (revenus de capitaux mobiliers) au titre de l'article 108 du CGI : le prêt de crypto est assimilable à un placement productif d'intérêts. Imposition au PFU de 31,4 % ou option barème (case 2OP).

BNC (art. 92 CGI) : par extension de la doctrine crypto, avec imposition au barème + SSI si l'activité est habituelle.

Là encore, la doctrine officielle est silencieuse. Le choix se justifie au regard du volume, de la régularité et de la nature du protocole utilisé (DeFi automatisée vs plateforme centralisée). Un investisseur avec 2 prêts par an tombe naturellement en RCM. Un investisseur qui gère activement 15 pools DeFi en permanence bascule plutôt en BNC.

Deux régimes fiscaux distincts sur le même actif

Le point que beaucoup ratent : la fiscalité s'applique en deux temps sur les tokens de staking et de lending.

ÉvénementRégime fiscalBase d'imposition
Réception de la récompenseBNC ou RCM selon lectureValeur en euros au jour de la perception
Cession ultérieure du token reçuArt. 150 VH bis (PFU 31,4 %)Prix de cession moins valeur retenue à l'attribution

Autrement dit, une récompense de 100 € en staking reçue en mars 2026 est imposée une première fois en BNC à 100 €. Si vous revendez ce token en décembre 2026 à 130 €, la plus-value de 30 € est imposée une deuxième fois sous 150 VH bis, avec un prix d'acquisition proratisé à 100 €.

Cette double imposition n'est pas une erreur du système, c'est le fonctionnement normal du régime français. Elle explique aussi pourquoi conserver la traçabilité de la valeur de vos récompenses à la réception est capital.

💡 À retenir : chaque récompense de staking ou lending doit être valorisée en euros à la réception. Sans cette valorisation historique, le prix d'acquisition retombe à 0 € au moment de la cession et votre plus-value imposable gonfle mécaniquement.

Staking sur exchange vs staking sur wallet : ce qui change

La distinction n'a rien à voir avec la qualification fiscale des revenus. Elle joue sur les obligations déclaratives complémentaires.

Staking sur exchange étranger (Kraken, Binance, Coinbase, Bitpanda). Vous détenez un compte crypto à l'étranger : obligation de dépôt du formulaire 3916-bis pour chaque compte et chaque année, en application de l'article 1649 bis C du CGI. Pénalité en cas d'oubli : 750 € par compte (1 500 € si valeur > 50 000 €).

Staking via wallet self-custody (Ledger, MetaMask, Rabby). Depuis la loi de finances 2024, les portefeuilles auto-hébergés « à l'étranger » (sans réelle localisation physique) sont également soumis à l'obligation 3916-bis dès lors qu'ils sont opérés hors du territoire français. Voir la fiche pratique impots.gouv.fr.

Comment déclarer concrètement en 2026

Voici la mécanique déclarative pour un particulier ayant fait du staking ou du lending en 2025 (déclaré en 2026).

Étape 1 : consolider les récompenses. Récupérer les exports CSV de chaque plateforme, identifier chaque récompense reçue, sa date, sa quantité, sa valeur en euros au jour de perception.

Étape 2 : formulaire principal. Selon la qualification retenue :

  • BNC : dépôt d'une déclaration 2035 (régime réel BNC) ou de la case micro-BNC sur la 2042-C-PRO si vous êtes sous le seuil de 77 700 € annuels de recettes. Attention : le régime micro implique un abattement forfaitaire de 34 % sans possibilité de déduire vos frais réels.
  • RCM : report du montant total des intérêts perçus dans la case dédiée de la 2042 (case 2TR ou 2CG selon la nature exacte du produit).

Étape 3 : cession éventuelle. Pour toute revente de token issu de staking ou lending dans l'année, remplissage du formulaire 2086 avec la valeur d'entrée retenue lors de l'attribution.

Étape 4 : comptes étrangers. Formulaire 3916-bis pour chaque plateforme et chaque wallet concerné.

Étape 5 : report en 2042. Cases 3AN (plus-values) ou 3BN (moins-values) issues du 2086, plus cases spécifiques BNC ou RCM selon l'étape 2.

Les erreurs de déclaration les plus fréquentes

Ce sont celles que je retrouve régulièrement chez les investisseurs qui viennent me consulter en régularisation.

Oublier la valorisation des récompenses à la réception. Résultat : impossible de justifier le prix d'acquisition à la cession, le fisc considère 0 €, la plus-value déclarée gonfle inutilement.

Confondre staking et sursis crypto/crypto. Recevoir un token de staking n'est pas un échange sans soulte, c'est un revenu. Le sursis d'imposition du 150 VH bis ne s'applique pas.

Ignorer le 3916-bis sur les exchanges étrangers. Une plateforme utilisée pendant 3 mois pour un test suffit à déclencher l'obligation. Cumul potentiel de plusieurs milliers d'euros de pénalités sur plusieurs années.

Cocher la case micro-BNC sans regarder ses frais. L'abattement forfaitaire de 34 % est souvent moins avantageux que le réel pour un staker avec du matériel dédié ou des frais de plateforme significatifs.

Notre accompagnement staking et lending crypto au cabinet Hashtag Finance

Le staking et le lending crypto ne se déclarent pas au feeling. Entre l'absence de doctrine officielle, les zones grises sur le fait générateur, et la complexité de la valorisation historique, l'accompagnement d'un expert-comptable spécialisé fait souvent gagner autant d'impôt qu'il en coûte.

Notre cabinet accompagne les investisseurs staking et lending sur trois axes :

  • Reconstitution complète des récompenses reçues, valorisation historique en euros, choix de la qualification fiscale la plus adaptée à votre situation.
  • Remplissage des déclarations 2086, 2042, 2042-C-PRO, 3916-bis, ou dépôt de la 2035 si vous êtes en BNC réel.
  • Sécurisation via rescrit fiscal individuel (art. L. 80 B du LPF) sur les points sensibles quand les enjeux le justifient.

Basé à Paris 8ème, Hashtag Finance accompagne des investisseurs crypto en Île-de-France et à distance sur toute la France. Le premier échange est gratuit et sans engagement. Pour faire un point sur votre situation avant la campagne déclarative, contactez-nous au 01 85 73 56 66 ou via le formulaire de contact.

💡 Astuce d'expert : sur les opérations complexes ou à fort enjeu, un rescrit fiscal individuel (art. L. 80 B LPF) fige la position DGFiP sur votre cas et vous protège en cas de contrôle ultérieur.

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